Les saints des derniers jours et l’Allemagne nazie

Les saints des derniers jours dans l’Allemagne nazie

1933–1939

Les années d’avant-guerre

30 janvier 1933

Adolf Hitler[BIO] devient chancelier de l’Allemagne.[1] Au moment de l’arrivée de Hitler au pouvoir, il y a environ 8 000 saints des derniers jours qui vivent en Allemagne.[2]

Septembre 1933

La Gestapo[BIO] rédige un rapport qui fait le point sur la situation de l’Église en Allemagne.[3]

8 septembre 1933

Oliver H. Budge,[BIO] président de la mission allemande-autrichienne, informe la Gestapo que l’Église a l’intention de coexister avec le gouvernement nazi.[4]

Octobre 1933–janvier 1934

La police nazie en Allemagne commence à faire des rapports sur l’activité des missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours et sur les réunions locales de l’Église en Allemagne.[5]

13 juin 1935

Roy A. Welker,[BIO] successeur de Budge à la présidence de la mission allemande-autrichienne, écrit une lettre circulaire de mission indiquant qu’il continuera la politique d’accommodement de son prédécesseur avec le régime nazi.[6]

Août 1935

Le maire nazi de la ville de Mildensee (Dessau) écrit une lettre au ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande pour se plaindre de la présence de saints des derniers jours dans sa ville.[7]

1935–1936

Les nazis continuent d’espionner l’Église en Allemagne.[8]

Janvier 1936

Des missionnaires saints des derniers jours entraînent l’équipe nationale allemande de basket-ball pour la préparer aux Jeux olympiques de Berlin.[9]

30 avril 1936

Les dirigeants de mission rencontrent des responsables nazis et sont avertis que « les mesures de police d’État les plus strictes seraient prises contre la secte » si l’Église était un jour soupçonnée d’être opposée au régime nazi.[10]

Mai 1936

Roy Welker écrit des lettres aux missionnaires en Allemagne et à la Gestapo pour insister sur la neutralité politique de l’Église et exhorter les missionnaires à ne pas parler de politique.[11]

Juin 1936

Un saint des derniers jours à Freiberg est arrêté pour avoir refusé de faire le salut nazi ou de chanter l’hymne national après avoir écouté l’un des discours de Hitler au travail.[12]

23 juin 1936

Un ancien saint des derniers jours nazi parle négativement de l’Église pendant un interrogatoire de police.[13]

4 juillet 1936

Le livre Les Articles de Foi de l’apôtre James E. Talmage[BIO] est interdit en Allemagne.[14]

19 janvier 1937

Une note de la police suggère d’interdire l’Église en Allemagne « pour des raisons idéologiques ».[15]

Avril 1937

Une note interne du gouvernement indique qu’une interdiction générale de l’Église en Allemagne était envisagée, mais qu’elle a été reportée à ce moment-là parce qu’elle était « actuellement irréalisable ».[16]

Juillet 1937

Le président Heber J. Grant[BIO] prêche aux saints en Allemagne, leur disant de suivre les Articles de foi et de vivre l’Évangile.[17] Ses propos sont signalés à la Gestapo.[18]

5 mai 1938

Un rapport général sur les saints des derniers jours en Allemagne est préparé pour le responsable nazi Alfred Rosenberg.[BIO] Le rapport exprime de la méfiance envers les saints et conclut que les enseignements de l’Église sont « incompatibles avec le national-socialisme ».[19]

14 avril 1939

Le président de la mission d’Allemagne de l’Est, Alfred C. Rees,[BIO] publie un article sur l’Église dans le Völkischer Beobachter, le journal officiel du parti nazi.[20]

1939–1945

Les années de guerre

1er septembre 1939

L’Allemagne envahit la Pologne, marquant le début de la Seconde Guerre mondiale.[21] Des saints des derniers jours allemands combattent pour leur pays dans les différentes branches de la Wehrmacht ou des forces armées.[22]

1939–1941

La direction de l’Église aux États-Unis est progressivement coupée des membres de l’Église en Allemagne.[23] La direction locale prend en charge la gestion des affaires de l’Église dans le pays.[24]

5 février 1942

Le saint des derniers jours Helmuth Hübener[BIO] et deux amis de sa branche à Hambourg sont arrêtés par la Gestapo pour avoir distribué des tracts antinazis.[25]

27 octobre 1942

Hübener est exécuté par les nazis.[26] Il est excommunié à titre posthume par son président de branche pro-nazi.[27]

Avril–mai 1945

Hitler se suicide à Berlin le 30 avril 1945, et l’Allemagne se rend officiellement aux puissances alliées une semaine plus tard, le 8 mai.[28]

1945–1946

Le contact est rétabli entre les dirigeants de l’Église aux États-Unis et les saints en Allemagne.[29] La Première Présidence annule l’excommunication de Hübener.[30]

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L’Église a-t-elle déjà soutenu le régime nazi ?

Non. L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours n’a jamais soutenu les politiques ni les croyances du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (nazi).[31] En octobre 1942, la Première Présidence a condamné le nazisme comme venant d’« hommes méchants et intrigants ».[32]

Il n’existe aucune trace montrant que des dirigeants de l’Église aient jamais demandé aux saints des derniers jours allemands de devenir nazis ou d’adopter l’idéologie nazie.[33] Les dirigeants de l’Église ont insisté sur la neutralité de l’Église dans la politique partisane[34] et ont encouragé les missionnaires à ne pas participer à la politique pendant leur service en Allemagne.[35]

Les enseignements de l’Église sont-ils compatibles avec le nazisme ?

Non. Les enseignements de l’Église sont fondamentalement incompatibles avec les principes de base du nazisme.[36] En 1938, un rapport sur l’Église rédigé pour le responsable nazi Alfred Rosenberg a conclu que « les enseignements des mormons sont incompatibles avec la vision du monde national-socialiste ».[37] Les nazis méprisaient particulièrement la sympathie des saints envers les Juifs et leur utilisation de l’Ancien Testament.[38][39]

Mais n’y a-t-il pas des points communs entre ce que l’Église enseigne et le nazisme ?

Certains ont relevé des ressemblances entre certaines choses que l’Église enseigne et certains aspects de l’idéologie nazie, comme un intérêt pour l’histoire familiale, la santé physique et l’obéissance.[40][41]

Mais certains dirigeants de l’Église n’ont-ils pas dit des choses positives sur les nazis ?

Oui. Certains dirigeants de l’Église en Allemagne et aux États-Unis ont dit des choses positives sur certains aspects du régime nazi en Allemagne, comme l’importance accordée à une vie saine, à la généalogie, à l’ordre social et à la collecte de dons pour les pauvres.[42]

Cependant, d’autres dirigeants de l’Église ont exprimé ouvertement leurs critiques du nazisme, comme David O. McKay,[BIO] qui a qualifié Hitler de « dictateur meurtrier »,[43] et John A. Widtsoe,[BIO] qui a dit qu’Hitler était « mentalement malade » et que les croyances raciales nazies étaient « une illusion hideuse ».[44][45]

Les nazis étaient conscients des sentiments globalement négatifs que les dirigeants de l’Église éprouvaient à leur égard.[46]

Est-il vrai que des missionnaires ont aidé à entraîner l’équipe allemande de basket-ball pour les Jeux olympiques de Berlin en 1936 ?

Oui. En préparation des Jeux olympiques de Berlin de 1936, les autorités allemandes ont demandé à des missionnaires de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours d’aider à entraîner l’équipe nationale de basket-ball.[47] Les missionnaires ont accepté cette proposition comme une occasion de surmonter l’opposition contre l’Église en Allemagne.[48]

L’Église a-t-elle condamné l’Allemagne quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté ?

La Première Présidence a condamné la guerre lors de la conférence générale, mais sans nommer spécifiquement l’Allemagne,[49] disant que Dieu infligerait des « châtiments éternels » à ceux qui faisaient la guerre « injustement ».[50]

Les saints des derniers jours étaient-ils plus ou moins susceptibles d’être membres du parti nazi ?

Moins de 3 % des saints des derniers jours allemands étaient membres du parti nazi,[51] contre environ 10 % dans l’ensemble de la population allemande.[52]

Pourquoi un saint des derniers jours deviendrait-il nazi ?

Parmi les raisons mentionnées, il y avait une adhésion personnelle au nazisme, des croyances ou des sentiments antisémites, la pression d’adhérer pour des raisons sociales, ou l’obligation de le faire pour travailler dans la fonction publique.[53][54]

Que pensaient les nazis des mormons ?

Le régime nazi se méfiait de l’Église et la regardait avec suspicion,[55] mais, de façon générale, il a permis à l’Église de continuer à fonctionner en Allemagne entre 1933 et 1945,[56] bien qu’avec certaines restrictions.[57] Les attitudes individuelles envers l’Église parmi les nazis allaient de la coopération à l’hostilité.[58]

L’Église était appelée une Sekte (« secte ») par les nazis,[59] ce qui avait en Allemagne à la fois un sens technique et un sens péjoratif.[60]

Les nazis espionnaient-ils l’Église ?

Oui. Des rapports internes et des mémorandums de la police secrète nazie (la Gestapo) indiquent que les membres et les activités de l’Église en Allemagne étaient surveillés.[61] Quand le président Heber J. Grant a fait une tournée en Allemagne et s’est adressé aux membres à Francfort et à Berlin en 1937, il a été surveillé et ses discours ont été enregistrés par des agents nazis.[62]

Les saints des derniers jours en Allemagne ont-ils été persécutés par les nazis ?

Non, pas dans le cadre d’une politique officielle du gouvernement.[63] Cependant, il existe des récits individuels de membres harcelés, menacés ou pris pour cible par les nazis,[64][65] et certains ouvrages de l’Église ont été interdits ou confisqués.[66][67]

Le gouvernement nazi a-t-il déjà interdit l’Église ou expulsé des missionnaires d’Allemagne ?

Non, cependant les documents indiquent que des responsables nazis ont proposé d’interdire les missionnaires saints des derniers jours étrangers en Allemagne, et ont discuté d’une interdiction de l’Église.[68]

Les dirigeants de l’Église en Allemagne ont reçu un avertissement explicite de la part de responsables nazis : s’ils adoptaient un comportement considéré comme hostile au gouvernement, l’Église ferait face à de graves conséquences.[69] Un dirigeant local de l’Église à Hambourg a été menacé par la Gestapo, qui l’a averti que si l’Allemagne gagnait la guerre, l’Église serait la prochaine cible, tout comme les Juifs l’avaient été.[70]

Des saints allemands ont-ils été envoyés dans des camps de concentration ?

Oui. Certains saints des derniers jours ont été envoyés dans des camps de concentration ; apparemment, non pas pour la seule raison d’être membres de l’Église, mais plutôt à cause de leur opposition politique aux nazis ou parce qu’ils avaient des ancêtres juifs.[71][72]

Des saints des derniers jours ont-ils combattu dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale ?

Oui. Même si le nombre exact de saints allemands qui ont combattu dans la Wehrmacht ou dans les forces armées allemandes pendant la guerre est inconnu, les historiens ont documenté la présence de saints allemands dans chaque grande branche de l’armée allemande.[73]

Combien de saints des derniers jours allemands sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale ?

On estime qu’au moins mille saints des derniers jours allemands ont perdu la vie à cause de la guerre, au combat ou parmi les victimes civiles.[74]

Y a-t-il eu des saints allemands qui ont résisté aux nazis ?

Oui. L’exemple le plus connu est Helmuth Hübener qui, avec des amis de sa branche à Hambourg, a distribué des tracts antinazis.[75] Hübener a été exécuté pour ses actions contre le gouvernement nazi.[76][77] Max Reschke[BIO] a aidé à cacher des Juifs aux nazis,[78] et un autre membre a été arrêté pour avoir refusé de faire le salut nazi au travail.[79][80]

Le douzième article de foi a-t-il rendu les gens plus disposés à devenir nazis ?

Peut-être. Le douzième article de foi dit : « Nous croyons que nous devons nous soumettre aux rois, aux présidents, aux gouverneurs et aux magistrats, obéir, honorer et soutenir la loi. »[81] Cela a été interprété comme voulant dire que les saints croient qu’il faut soutenir les lois du pays et être de bons citoyens dans le pays où ils vivent,[82] et il existe au moins un témoignage selon lequel ce verset a été cité pour soutenir le national-socialisme parmi les saints des derniers jours allemands.[83] Les dirigeants de mission en Allemagne ont aussi cité le douzième article de foi pour montrer que l’Église était prête à coexister avec les nazis.[84]

Est-il vrai que Heber J. Grant a dit aux saints allemands de soutenir les nazis ?

Non. Il n’existe aucune trace montrant que le président Grant ait officiellement demandé aux membres de l’Église en Allemagne de soutenir les nazis ou de devenir membres du parti nazi. Cependant, le 8 juillet 1937, il a fait un discours aux saints à Francfort pour leur enseigner la Divinité, les Articles de foi et la prière.[85] Plus tard ce mois-là, à Berlin, le président Grant a fait un discours similaire.[86]

Pourquoi y a-t-il une photo de Heber J. Grant devant un drapeau nazi ?

À l’été 1937, le président Grant a fait une tournée en Europe pour parler aux membres de l’Église, avec des étapes en Suisse et en Allemagne.[87] Alors qu’il était à Francfort, en Allemagne, le 8 juillet 1937, le président Grant a parlé à près d’un millier de personnes rassemblées dans un centre communautaire local.[88]

Le lieu, appartenant à des nazis locaux, affichait le drapeau à croix gammée, qui était alors le drapeau national de l’Allemagne.[89][90] De même, d’autres photos de cette tournée de prises de parole montrent le président Grant s’adressant à des membres suisses de l’Église devant le drapeau de la Suisse.[91]

Heber J. Grant (au centre) avec des dirigeants de l’Église et des membres à Francfort, en Allemagne, le 8 juillet 1937 (CHL PH 4134).

Heber J. Grant (au centre) avec des dirigeants de l’Église et des membres à Bâle, en Suisse, le 4 juillet 1937 (CHL PH 4134).

J. Reuben Clark avait-il des opinions antisémites ?

Oui. J. Reuben Clark,[BIO] qui était un apôtre et membre de la Première Présidence, nourrissait certaines attitudes et croyances antisémites,[92] bien qu’il n’ait pas soutenu le nazisme.[93]

L’Église a-t-elle fait des déclarations concernant le mouvement néonazi ?

Oui. En 2017, en réponse aux marches de suprémacistes blancs et de néo-nazis à Charlottesville, en Virginie, l’Église a publié une déclaration condamnant ceux qui « promeuvent ou poursuivent un programme de “culture blanche” ou de suprématie blanche ».[94]

The Facts

  • Il y avait environ 13 000 saints des derniers jours en Allemagne pendant la période où les nazis étaient au pouvoir.

  • On estime que moins de 3 % des saints des derniers jours allemands étaient membres du parti nazi, contre environ 10 % des Allemands.

  • Certains saints allemands ont combattu dans les forces armées allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale.

  • L’Église n’a jamais officiellement approuvé ni soutenu les politiques nazies.

  • L’Église n’a jamais été officiellement persécutée par les nazis.

  • Il y a eu des incidents isolés où les nazis ont harcelé, surveillé et menacé des membres de l’Église.

  • Au moins deux membres de l’Église ont été envoyés dans des camps de concentration et un membre de l’Église a été exécuté par les nazis.

  • Certains membres et dirigeants de l’Église ont dit des choses positives sur certains aspects du régime nazi en Allemagne.

  • Les nazis eux-mêmes pensaient que le national-socialisme était incompatible avec les enseignements de l’Église.

Our Take

Le régime nazi a commis des atrocités horribles, et la relation entre l’Église et le gouvernement en Allemagne pendant les années 1930 soulève donc des questions difficiles sur la manière dont la foi et les choix moraux se vivent sous des gouvernements oppressifs. L’Église soutenait-elle le gouvernement nazi ? Les saints des derniers jours étaient-ils plus susceptibles d’adhérer au parti nazi ? Et le gouvernement nazi a-t-il déjà persécuté les saints ?

Même si certains saints des derniers jours en Allemagne soutenaient le gouvernement nazi, la plupart n’éprouvaient pas de sympathie particulière pour le régime. Les saints des derniers jours allemands avaient moins de la moitié des chances d’être inscrits au parti nazi, et la Gestapo a signalé que les saints des derniers jours hésitaient à participer aux pratiques nazies comme le salut hitlérien. Et même si le régime nazi n’a jamais officiellement persécuté les saints, il a confisqué de la documentation de l’Église, espionné les réunions de l’Église et envisagé d’interdire les missionnaires en Allemagne.

Même si l’Église n’a pas soutenu officiellement le régime nazi, certains dirigeants ont fait des compromis pour coexister avec lui avant la Seconde Guerre mondiale. Cependant, une fois la guerre commencée, les dirigeants de l’Église ont condamné le nazisme. Cette période de l’histoire de l’Église rappelle l’importance de la liberté religieuse et la résilience de la foi. Elle met aussi en lumière les choix moraux difficiles auxquels l’Église et ses membres ont été confrontés en essayant de respecter les enseignements de Jésus-Christ sous la pression du gouvernement.

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